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La journée mondiale du don du sang: les homosexuels français ne sont toujours pas concernés.

13 juin 2011

Le décret qui empêche les homosexuels de pouvoir donner leur sang a été remis au gout du jour par la bourde de Nora Berra, ainsi que par l'ouverture du don du sang aux gays abstinents depuis plus de 10 ans au Royaume Uni. En ce mardi 14 juin, cette nouvelle journée mondiale du don du sang nous donne l'occasion de nous pencher un peu plus sur la situation du don du sang dans différents pays européens et dans le monde, et d'essayer de comprendre pourquoi les français et les américains par exemple, continuent de fermer le don aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

C'est un constat simple: les homosexuels français arrivent presque en pôle position sur la liste des contre-indications au don du sang. L'homosexualité, au même titre que l'anémie par exemple, est considérée comme un "facteur de risque". Quand on peut le comprendre pour l'anémie, en raison d'un risque individuel pour le donneur et pour le transfusé, en raison de l'absence d'une quantité suffisante de fer dans le sang, l'on peut s'interroger sur la pertinence de la dite contre indication qui n'exclut pas des malades au sang inapproprié, mais un groupe de population à la sexualité "à risque".  Bien qu'en 2007, Roselyne Bachelot ait promis de tenter d'ouvrir le don du sang aux personnes homosexuelles, la fin de la contre indication a été considérée comme prématurée, voire impossible, invoquant la forte prévalence du virus du Sida chez les personnes homosexuelles (de 17 à 19%, alors que 0,1% chez les hétérosexuels). Cela a provoqué dans la communauté gaie une véritable incompréhension et un sentiment de stigmatisation de la population gaie très fort: "Ce sont les pratiques à risques qu'il faut contre indiquer, par un groupe de population basée sur des statistiques" a pu objecter SOS homophobie.

Alors qu'au Royaume-Uni, le don du sang a été ouvert pour les homosexuels abstinents, qui n'ont pas eu de rapports sexuels pendant 10 ans, la décision du UK National Blood Service a créé un tollé de la part des associations militantes. Jugée comme une précaution trop importante, qui ne serait qu'une façade politiquement correcte pour éviter toute discrimination, elle permet néanmoins de les exclure du don.

DES TECHNIQUES PLUS FIABLES
L'Institut Portugais du sang estime que les moyens techniques disponibles aujourd'hui permettent de mettre fin à des exclusions globales, et ont donc ouvert le don aux populations homosexuelles. En effet, des nouvelles techniques de dépistage plus fiables, notamment le test d'amplification des acides nucléiques (TAN), permet un degré de fiabilité supérieur aux précédents tests, en le sens qu'il peut détecter de faibles niveaux de matériel génétique viral. Il raccourcirait donc la période dite "silencieuse", intervenant avant que les anticorps se développent pour combattre le virus, qui permettent de faire habituellement de relever la présence du virus.

Considérant ces avancées majeures, la mesure de la Grande Bretagne est encore moins compréhensible. La période de 10 ans ne correspond à aucune précaution médicale. Une période de 6 mois, comme la Suisse le préconise pour les hétérosexuels, peut être amplement suffisante et permettra de détecter le virus s'il est présent dans l'organisme. De plus, de nombreuses précautions sont prises par la suite, dans le traitement du sang. Celui ci est centrifugé, chauffé, séparé, des test sont faits à la fois sur le plasma, sur les globules rouges et sur les plaquettes.

"LES DONNEES N'ONT PAS CHANGÉES"
Bruno Danic, directeur adjoint de l'Etablissement Français du Sang en Bretagne, estime que les risques sont toujours présents. " Les données n'ont pas changées, et aujourd'hui, on arrive à éviter toute infection au VIH par transfusion sanguine, ce qui n'est pas le cas partout. Le problème principal, c'est qu'aujourd'hui on ne peut pas faire de nettoyage physico-chimique sur les globules rouges, soit 80% des produits sanguins. On fait deux tests de dépistage différents, d'une part, un test sérologique, avec une fenêtre sérologique d'environ 6 semaines, qui nous permet d'identifier le VIH 1, et d'autre part, un dépistage génomique viral (TAN), qui permet d'identifier le virus en phase de pré infection, c'est à dire avec une fenêtre sérologique d'environ 3 semaines" explique-t-il. La multiplication des tests pourraient nous faire croire que le risque est moindre, et pourtant, selon un rapport de l'Institut de veille sanitaire, en ouvrant le don aux hommes ayant un seul partenaire régulier depuis un an, cela multiplierait le risque de contamination par transfusion sanguine de 3,6%. "Le problème, c'est qu'on peut toujours donner des informations sincères sur son comportement, mais que personne ne peut être sûr du comportement de son partenaire. Même chez les couples monopartenaires, il y a toujours un risque pour les HSH de contaminer les malades transfusés. Les données épidémiologiques annuelles le montre, puisque la contamination est presque 200 fois plus élevée chez les HSH. Notre métier, c'est de garantir la sécurité des malades qui ont besoin de sang."

UNE RESPONSABILITÉ TROP GRANDE?
En Espagne, les homosexuels ne se sont jamais vu interdire le don du sang. L'on peut alors s'interroger sur la frilosité de nos politiques. L'affaire du sang contaminé peut être une des causes probables des craintes françaises. En effet, de la fin 1984 au début 1985, le Centre de Transfusion Sanguine a sciemment distribué à des hémophiles des produits sanguins dont certains étaient contaminés par le virus immunodéficient humain. L'implication du premier ministre de l'époque, Laurent Fabius, et de certains ministres du gouvernement de gauche, notamment Georgina Dufoix, et Edmond Hervé, lequel avait été dispensé de sa peine. Les Etats-Unis et plus particulièrement le Canada, dont les gouvernements et les instances sanitaires avaient souffert d'affaires similaires, ne sont pas non plus décidés à supprimer cette contre indication.

Une responsabilité trop grande pour nos politiques? Alors que la proposition de loi pour le mariage a été refusée ce matin, allant complètement à contre courant d'une grande partie des pays occidentaux, l'on peut imaginer que même si la tendance venait à s'inverser dans ces pays d'usage plutôt conservateurs, qui ont pourtant pris le parti de légaliser le mariage (la Belgique en tête), la France tarderait encore à suivre.

 

 

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